Oser dire non sans perdre le lien
Prendre soin des autres sans s'oublier soi-même
Vous est-il déjà arrivé de dire oui alors qu'au fond de vous, vous auriez préféré dire non ?
Accepter une invitation, rendre un service alors que votre agenda est déjà bien rempli, ne pas oser exprimer un désaccord par peur de décevoir…
On parle parfois des people pleasers, une expression anglaise qui désigne les personnes ayant tendance à vouloir faire plaisir aux autres, parfois au détriment de leurs propres besoins.
Derrière cette attitude, il peut y avoir beaucoup d'attention, de générosité et de sensibilité aux autres. Mais aussi, parfois, une difficulté à dire non ou une peur de décevoir. Et ce fonctionnement n'est pas toujours un choix conscient.
Et si, derrière cette difficulté, se cachait un besoin profondément humain : celui de rester en lien avec les autres, d'être accepté et aimé ?
Notre besoin de rester en lien
Nous avons tous besoin des autres. Dès notre naissance, leur présence, leur attention et leur affection participent à notre développement et à notre sentiment de sécurité.
Ce besoin nous accompagne tout au long de notre vie.
En 1995, les psychologues Roy Baumeister et Mark Leary ont étudié ce qu'ils appellent le besoin d'appartenance. Leurs travaux montrent combien il est important pour l'être humain de créer et de maintenir des relations stables, dans lesquelles il se sent accepté et apprécié.
Il ne s'agit donc pas simplement d'être entouré, mais aussi de sentir que nous comptons pour les autres, que nous avons notre place et que nous sommes aimés.
Ce besoin trouve également un éclairage dans notre histoire évolutive. Pendant des millénaires, vivre en groupe favorisait la protection, l'entraide et la survie. Être exclu pouvait représenter un véritable danger.
Cet héritage évolutif participe encore aujourd'hui à notre fonctionnement d'êtres sociaux. Il aide à comprendre pourquoi l'appartenance et l'acceptation occupent une place si importante dans notre vie.
Notre histoire personnelle vient également influencer notre manière de vivre ce besoin de lien.
À force de vouloir préserver le lien avec les autres, nous risquons parfois de perdre le lien avec nous-mêmes.
Quand notre histoire personnelle entre en jeu
Notre éducation, nos expériences affectives et les relations que nous avons vécues peuvent influencer notre manière de chercher l'approbation des autres.
Nous avons parfois appris, dès l'enfance, qu'il valait mieux éviter les conflits, ne pas contrarier ou répondre aux attentes pour préserver une relation.
Certaines expériences de rejet, d'abandon ou de manque de reconnaissance peuvent aussi renforcer cette peur de décevoir.
En hypnose humaniste, le travail symbolique sur l'enfant intérieur blessé peut constituer une piste pour explorer ces expériences et les besoins affectifs qui y sont associés : être aimé, reconnu, accepté ou se sentir en sécurité.
Il ne s'agit pas de rechercher systématiquement une blessure dans notre passé, mais d'accueillir ce qui se présente et de mieux comprendre certaines de nos réactions.
C'est une piste d'exploration parmi d'autres, et non une solution toute faite.
Apprendre à écouter nos émotions
Avant de chercher à changer nos comportements, nous pouvons déjà commencer par les observer.
Lorsque quelqu'un nous demande un service, que se passe-t-il en nous ? Avons-nous réellement envie d'accepter ? Ressentons-nous une hésitation, une tension ou la peur de décevoir ?
Nos émotions peuvent être de précieuses messagères de nos besoins. Encore faut-il prendre le temps de les écouter.
C'est aussi ce que j'apprécie dans l'approche des Fleurs de Bach : cette invitation à observer notre mouvement émotionnel intérieur, à mieux reconnaître ce que nous ressentons et à développer notre connaissance de nous-mêmes.
Deux fleurs me semblent particulièrement intéressantes dans cette réflexion.
Centaury (Centaurée) est traditionnellement associée aux personnes qui ont du mal à dire non et qui peuvent s'oublier pour satisfaire les autres.
J'aime particulièrement l'image du passage de la servitude au service librement choisi : continuer à donner et à rendre service, mais parce que nous le souhaitons, et non parce que nous nous sentons obligés ou que nous craignons de décevoir.
Pine (Pin sylvestre) est, quant à elle, traditionnellement associée à la culpabilité, parfois présente même lorsque nous n'avons rien fait de mal.
Imaginons que nous refusions une demande et que notre interlocuteur manifeste sa déception. Nous pouvons alors nous sentir coupables, comme si nous avions mal agi.
Pourtant, sa déception ne signifie pas nécessairement que nous avons commis une faute.
Nous pouvons prendre un peu de recul : avons-nous exprimé notre refus avec respect ? Avons-nous manqué à un engagement ? Ou avons-nous simplement fait un choix qui ne correspond pas aux attentes de l'autre ?
Nous pouvons reconnaître la déception de quelqu'un sans devoir nécessairement la faire disparaître.
S'autoriser à dire non
Prendre conscience de nos réactions est déjà un premier pas.
C'est commencer à s'autoriser à faire autrement, à rechercher davantage de cohérence entre ce que nous ressentons, ce dont nous avons besoin et ce que nous faisons.
C'est ici qu'intervient la notion d'assertivité, que l'on pourrait définir simplement comme la capacité à exprimer ses besoins, ses opinions et ses limites tout en respectant ceux des autres.
Il ne s'agit ni de s'imposer, ni de s'effacer, mais de trouver une manière de s'affirmer dans la relation.
La charte des droits assertifs, notamment popularisée par Manuel J. Smith, nous rappelle que nous avons le droit de dire non, d'avoir des besoins différents ou encore de changer d'avis.
Ces droits ne nous dispensent évidemment pas de respecter les autres ou nos engagements.
Dire non à une demande ne signifie pas rejeter la personne qui la formule.
Nous pouvons, par exemple, répondre simplement :
« Je comprends que tu sois déçu, mais je ne pourrai pas cette fois-ci. »
Sans devoir multiplier les excuses ou les justifications.
Et si l'autre est déçu, cela ne signifie pas nécessairement que notre décision était mauvaise.
Rester en lien sans s'oublier
Apprendre à dire non ne signifie pas devenir moins généreux, moins disponible ou moins attentif aux autres.
Il s'agit plutôt de retrouver une plus grande cohérence entre ce que nous ressentons, ce dont nous avons besoin et ce que nous choisissons de faire.
Parfois, nous déciderons de rendre service malgré la fatigue, parce que cela a du sens pour nous. D'autres fois, nous choisirons de refuser, parce que nous avons besoin de repos ou simplement de respecter nos limites.
L'essentiel n'est peut-être pas de dire oui ou non plus souvent, mais de pouvoir le faire avec davantage de conscience et de liberté.
« Je peux décevoir quelqu'un et rester une personne digne d'amour et de respect. »
Peut-être est-ce aussi cela, apprendre à prendre soin de soi : ne pas cesser d'être attentif aux autres, mais commencer à s'accorder cette même attention.
Car préserver le lien avec les autres ne devrait pas nous obliger à perdre le lien avec nous-mêmes.
Pour aller plus loin
Baumeister, R. F. et Leary, M. R. (1995). The Need to Belong: Desire for Interpersonal Attachments as a Fundamental Human Motivation. Psychological Bulletin, 117(3), 497–529.
Downey, G. et Feldman, S. I. (1996). Implications of Rejection Sensitivity for Intimate Relationships. Journal of Personality and Social Psychology, 70(6), 1327–1343.
Smith, Manuel J. (1975). When I Say No, I Feel Guilty. Ouvrage consacré à l'affirmation de soi et aux droits assertifs.



Commentaires